PORTRAITS

Brigitte Seth & Roser Montlló Guberna

Cie Toujours après minuit

Le site de la compagnie de Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna révèle leur verve fantaisiste. On y voit deux personnages assis qui offrent au regard le bas de leurs dos vêtus de flamboyantes jupes à carreaux. Les deux flamboyantes sont : Roser, née à Barcelone où elle a étudié la danse classique et contemporaine, et Brigitte, française qui a suivi les cours de technique du cirque et de mime au Nouveau Carré Sylvia Monfort. La multiplicité des cultures et des expériences de chacune les conduit à créer des spectacles où le théâtre, la danse et la musique sont liés. Depuis leur rencontre en 1997 et depuis la création de leur compagnie Toujours après minuit, elles oeuvrent au croisement des langages. En témoignent leurs premiers spectacles à double visage : "El como quieres" et "Personne ne dort". Auteures, metteures en scène, interprètes, elles ont créé une langue originale où mots, gestes et musique se mêlent. Ce tissage se prolonge dans le multilinguisme qui leur est propre. Castillan, français, catalan se font entendre à mots mêlés. Les sujets explorés (elles ont plus d’une vingtaine de spectacles à leur actif) le sont toujours avec humour, légèreté de ton, décalages de sens ou associations incongrues. Dans leurs duos, elles font entendre la part de l’autre, dans un théâtre dansé aux projets toujours foisonnants, aussi flamboyants que leurs jupes à carreaux.
Les trois créations accueillies au Colombier nous permettront de découvrir leur univers aux multiples adresses et facettes : "Salti", un spectacle pour la jeunesse, "Odisea, nos voyages avec vous", un spectacle chez l’habitant, et pour finir la saison "El como quieres", spectacle mythique de leur compagnie.

Magalie Montoya

Cie Le Solstice d'hiver

Des racines andalouses de la metteure en scène et actrice sétoise Magali Montoya reste la fulgurance de la passion. Passion pour les auteures qu’elle met en scène, et pour leurs textes littéraires puissants. Elle affirme ainsi dans son travail la nécessité de la littérature comme augmentation de la vie même. Sa compagnie “Le Solstice d’hiver” créée en 2009 révèle des écritures poignantes. Ainsi l’adaptation de "L’homme Jasmin" d’Unica Zürn, compagne d’Hans Belmer, qui raconte la plongée dans la démence d’une femme s’inventant un ami imaginaire, l’homme jasmin, que plus tard son ami, le poète Henri Michaux, lui semblera incarner. Puis Magali Montoya met en scène "La Princesse de Clèves" de Madame de La Fayette, ce grand roman du sentiment amoureux, incandescence de l’écriture. Cinq actrices et un musicien y signent une célébration de l’amour et de la littérature. Mais c’est sans doute son adaptation de l’oeuvre de Jean Rhys, "Les tigres sont plus beau à voir" qui semble la plus proche de ce qui met en mouvement la metteure en scène. Au coeur de ce portrait théâtralisé : l’écriture qui témoigne de vies multiples, loin des convenances et de la norme, trois destins, trois écritures singulières qui traversent les siècles et croisent le chemin de Magali Montoya.
Le Colombier est très heureux d’accueillir cette saison Magali Montoya avec son tout dernier spectacle "Ainsi parlait Pénélope" de Tino Villanueva en novembre 2021, puis en février et mars 2022 nous accompagnerons "Une chambre à soi", un projet encore en construction qui résultera d’une résidence d’écriture chez l’habitant.

Mylène Benoît

Cie Contour progressif

Choral. Ainsi pourrait-on en un mot définir le travail de Mylène Benoît, plasticienne et chorégraphe. Depuis la naissance de sa compagnie Contour Progressif en 2004, sa démarche de création est fondée sur une écriture qui mêle la danse, le chant, la matière sonore, la vibration lumineuse, les éléments optiques et textuels.
Sa démarche artistique et politique, projet collaboratif et protéiforme permet à la compagnie d’engager des actions sur les territoires (stages, conférences, compagnonnage avec les lycées, mutualisation des outils de création).
Sa formation artistique et universitaire (Beaux-arts et pratique des médias contemporains) la convainc que les arts scéniques et plastiques nous permettent de mieux appréhender le système médiatique et la société contemporaine. De nombreuses fois artiste associée des théâtres : le Théâtre des 13 Vents CDN de Montpellier, le Théâtre du Beauvaisis Scène Nationale de Beauvais, la Scène Nationale du Mans entre autres lieux, elle a pu déployer ce projet choral et créer plus d’une dizaine d’oeuvres.
Elle présente au Colombier Diotime et les lions d’après le magnifique roman d’Henry Bauchau : expérience initiatique d’une petite fille que berce la sagesse de l’Orient, et Cold Song, performance plastique et chorégraphique, fruit d’un travail exploratoire sur la phosphorescence.

Emmanuel Vérité & Benoît Lambert

Cie Théâtre de la Tentative

« Je n’étais pas très doué, j’ai surtout eu la chance de rencontrer de bons professeurs » affirme le comédien Emmanuel Vérité. Fausse humilité ? Non sincérité, car Emmanuel est soucieux de justesse, même si à le voir jouer on a du mal à croire ses propos. Vérité, quel beau nom, c’est celui qu’il porte de théâtre en théâtre depuis 45 ans. À cinq ans, il suit déjà des cours de théâtre à l’école, puis adolescent, il fréquente le Conservatoire de Saint-Germain-en-Laye et suit les cours d’Hélène Vallier dont l’aura le fascine. Là, il fait une première rencontre essentielle, celle de Benoît Lambert, actuel directeur du Théâtre Dijon-Bourgogne.
Autre rencontre décisive, celle en 1991 de Pierre Debauche, professeur exigeant, dont il suit les cours. Benoît Lambert l’y rejoint en 1993 et suit les cours de mise en scène. On a découvert, grâce à lui, un théâtre politique et poétique, son utilité et son urgence » dit Emmanuel Vérité. C’est en 1993, que Benoît et Emmanuel créent leur compagnie le Théâtre de la Tentative. Deux ans après, ils montent Les Fourberies de Scapin de Molière. « Un spectacle marxiste créé dans la banlieue huppée de Maisons-Laffitte » s’amuse Emmanuel.
Puis de Scapin à Lorenzaccio, de Tartuffe à Alceste, le Théâtre de la Tentative va dynamiser le répertoire, vivifier les messages politiques. Au répertoire, s’ajoutent de nombreux spectacles contemporains. Naissent aussi de l’intelligence des deux comparses les deux spectacles accueillis à Magnanville : Meeting Charlie ou l’art du bricolage et Tout Dostoïevski. « J’ai mis quatre ans à maîtriser le personnage de Charles Courtois-Pasteur, héros des deux spectacles » dit le comédien. Il en faut du travail pour jouer ce poète rêveur à l’univers décalé : allers-retours entre l’écriture et le jeu, conseils de la clown Proserpine. Mais pour l’incarner pleinement, n’en déplaise à son humilité, il faut du talent.